photoFerdinand Le Hétet

 

Ferdinand est né le 17 octobre 1888 à Lorient (Morbihan). Il était avant la guerre, ouvrier peintre à Rennes.

En tombant au front, il a laissé une veuve et un petit garçon de huit ans.

En raison de sa mort héroïque, le Régiment l'a proposé pour l'obtention de la Croix de Guerre.

La commune de Roulers en Belgique a voulu l'honorer en lui élevant une tombe monumentale dans l'ancien cimetière communale.

C'est par l'avenue Ferdinand Le Hétet que l'on accède au cimetière, dans lequel repose 758 militaires, la plupart décédés lors de l'offensive finale de 1918.

Retour un soldat du 41eme RI, un soldat parmis d'autres....

 

 

En 1920, un article du "Petit Journal" revient sur les évènements du 19 octobre 1914, avec pour titre "LA GLORIFICATION d'un héros français en Belgique"

Bruxelles, 19 Mai. 

La population de Roulers, la première important ville des Flandres délivrée par les forces franco-belges, en octobre 1918, s'apprête à glorifier le souvenir d'un dragon français, Ferdinand Le Hétet, qui, au deuxième mois de la guerre, mourut en donnant l'exemple d'un héroïsme presque insurpassable.
M. Alphonse Denys, secrétaire du comité constitué, sous la présidence de M. Van Moerbeke, de Roulers, pour élever un monument à ce brave des braves, m'a fait, pour le Petit Journal, ce poignant récit de l'acte qu'il s'agit d'immortaliser :
Le 19 octobre 1914, un détachement de dragons français était chargé de tenir en échec, pendant deux jours, l'avant-garde du 26eme Corps d'armée allemand marchant sur Roulers sous les ordres du général Von Hügel. En pénérant dans les faubourgs orientaux de cette ville, les Allemands y incendièrent 146 maisons et usines, y fusillèrent 54 civils, puis firent irruption dans la ville même, précédés d'une théorie de femmes, de vieillards et d'enfants dont ils se servaient comme de "boucliers vivants".
La même orgie de flamme et de sang se répéta dans les villages de l'ouest, Rumbeke, Hoogbede, Zarren, Staden, Handzaeme, etc. Devant le torrent des barbares, la poignée de défenseurs français reculait peu à peu. Un peloton de dragons posté dans une tranchée naturelle, au fond de l'avenue Sathum, près de la ferme Sabbe, allait être accablé sous le nombre, lorsque son commandant se décida à rétrograder et demanda à ses hommes lequel d'entre eux voulait sacrifier sa vie pour couvrir la retraite de ses camarades.
 
Un héros
 
- Moi, mon capitaine, cria bondissant littéralement hors des rangs le soldat Ferdinand Le Hétet, jeune marié et père d'un enfant de douze mois.
- Merci, mon enfant, au nom de la France. Et, hélas ! adieu pour jamais ! ...
Tandis que s'éloignait le peloton, dont tous les hommes avaient les larmes aux yeux, sachant leur jeune sauveur irrémédiablement perdu d'avance, Le Hétet, à qui ils avaient laissé deux fusils, s'embusqua derrière un noyer, attendant avec le plus admirable sang-froid les tirailleurs ennemis. Une détonation retentit, un Allemand tomba. Une seconde... Un autre Allemand roula dans l'herbe, une troisième, une quatrième, une cinquième, une sixième... Chaque coup abbatait un ennemi de plus.
Mais bientôt, pris de flanc, l'intrépide dragon Breton (Le Hétet était de Lorient) reçut une balle ennemie qui lui traversa la gorge, effleurant l'artère carotide. Il tomba à la renverse. Il eût eu quelque chance de guérir de sa blessure. Mais le voyant à terre et désarmé, la soldatesque boche se précipitta sur lui et le cribla rageusement d'innombrables coups de baïonnette avant de reprendre sa route. Trois jours après, le cadavre déchiqueté du sublime petit dragon gisait encore sous le noyer, témoin de sa noble conduite. Les habitants du voisinage allèrent demander aux Boches l'autorisation de l'ensevelir.
"Que les corbeaux le dévorent !" (Die Raven konnen ihn auffressen !) vociféra un officier supérieur de la "kultur".
 
Enseveli dans les plis du drapeau belge
 
Malgré ce féroce interdit, les Belges A. Allemsen, Julien et Achille Dew..e et Rémi Bortier allèrent creuser, sous le noyer, une fosse où ils ensevelirent le corps du héros dans les plis d'un drapeau belge, sous une pauvre croix ornée des dernières fleurs de la saison. Ces temps-ci, les restes de Le Hétet ont été exhumés, mis en bière et transférés au cimentière de la ville, dans le carré affecté aux soldats tombés pour le triomphe du droit.
Et c'est là que s'érigea cet été le monument destiné à perpétuer le souvenir de ce magnifique trait de guerre, monument payé par une souscription publique et dû au ...  , avec laquelle coïncidera celle d'une plaque en bronze à la mémoire des soldats du 152e de ligne français tombés à Roulers en octobre 1918, alors qu'ils chassèrent définitivement les Boches de cette ville, vengeant par une victoire inoubliable la mort de Le Hétet, dont l'ombre aura tressailli d'allégresse en sentant que sa noble immolation ne fut pas vaine.
Gérard Harry

 

 

article du 19 mai 1920 - 1                    article du 19 mai 1920 - 2

 Copie de l'article de Gérard Harry, remerciement à Mr Johan Vandekerkhove
 
 
 
 
Suite à la publication de cet article, le Lieutenant Marion (devenu Capitaine de Réserve au 41eme RI) en eût connaissance. Il prit la plume le 5 septembre 1920 afin d'effectuer quelques corrections sur le récit et en particulier sur le fait que Ferdinand Le Hétet n'était pas un dragon, mais un soldat du 41eme RI...
 
 
Rennes le 5 septembre 1920.
 
Le Capitaine de réserve Marion du 41° Régiment d'infanterie
à Monsieur le Maire de Roulers (Belgique). 
 
Monsieur le Maire,
 
J'ai appris par les journaux que la ville de Roulers se préparait à honnorer la mémoire du soldat Ferdinand Le Hétet tombé glioreusement le 19 octobre 1914 en défendant la ville de Roulers.
J'ai été le commandant de la compagnie du soldat Le Hétet, à ce titre et sur la demande de sa veuve je vous pris de vouloir bien acceuillir les rectifications suivantes et les transmettre au comité de glorification.
Le soldat Ferdinand Le Hétet n'était pas un Dragon comme il est dit dans les journaux, mais un fantassin de la 2eme Compagnie du 41eme Régiment d'Infanterie. Sa veuve, ses chefs, ses anciens camarades, tous, nous insistons pour que son nom soit glorifié sous le titre qui était le sien, "soldat au 41eme Régiment d'Infanterie".
Permettez à son ancien chef, d'ajouter quelques détails supplémentaire sur Le Hétet et sur le combat livré à Roulers par sa compagnie. 
 
Ferdiand Le Hétet est arrivé au front le 25 septembre 1914 et affecté à la 2eme Compagnie. Il prit part avec elle aux durs combats de Neuville-Vitasse, près d'Arras, début octobre 1914. A la suite de ces combats, le Régiment, qui ne comptait plus que 700 hommes à peine, fut réduit provisoirement à un bataillon de 4 compagnies. Ferdinand Le Hétet fut versé à la compagnie commandée par le Lieutenant Marion, où il fait fonction d'agent de liaison. Il prend part aux combats de Vermelles, puis le 19 octobre à la défense de Roulers (Belgique) où le Bataillon Rougé était envoyé pour soutenir la cavalerie qui opérait dans la région.
 
En arrivant à Roulers sur la grande place je fus envoyé avec sa compagnie à la gare avec ordre de me mettre à la disposition des Dragons qui occupaient la gare. Celui-ci prit deux de mes sections qu'il envoya dans la direction sud et me donna l'ordre, avec les deux autres sections, de déloger les Allemands d'une ferme qu'ils occupaient depuis le matin à 1500 mètres environ au nord de la gare, près de la voie ferrée.
Je demandai un peu de renfort à mon commandant qui m'envoya une section. Avec mes trois sections, Je marchais sur la ferme, une section sur la voie ferrée, deux sections en colonne par un sur l'avenue Barnim. L'avenue était défendue à son extrémité par une barricade occupée par un petit groupe de dragons. En la dépassant, je fit mettre la baïonnette au canon et je déployai une section à gauche dans un terrain libre, celle du centre avançant le long des maisons, celle de droite progressant sur la voie ferrée, au travers des wagons. La fusillade ennemie était très violente, les Allemands étaient abrités sur la voie ferrée dans les wagons, au centre de la ferme Sabbe et à droite dans une tranchée.
Notre attaque réussit, les Allemands évacuèrent la ferme d'où les hommes ayant un très bon champ de tir causèrent de grandes pertes à l'ennemi qui s'enfuyait et repassait la voie ferrée. Les efforts des Allemands pour en déboucher étaient inutiles, le feu des Bretons l'arrêtait net.
A ce moment où tout semblait marcher pour le mieux, je reçu de mon Commandant, l'ordre de me replier. J'envoyai au commandant un compte rendu de la situation relatant les résultats obtenus et lui demandant de me répéter l'ordre de retraite s'il y avait lieu. Je reçu une demi-heure après, l'ordre de retraite par écrit. C'est alors que j'envoyai Ferdinand Le Hétet transmettre cet ordre à son chef de section, je ne devai plus le revoir.
Les hommes ne voulaient pas quitter le combat, ils voulaient tirer toutes leurs cartouches et c'est à grande peine que je pu faire exécuter l'ordre que j'avais reçu.
Sous le bombardement nous traversâme à nouveau les rues dévastées, la grande place et nous rejoignîmes le reste du bataillon déjà rassemblé dans un faubourg dans la direction d'Ostnieuwkerke.
 
Puisque vous avez eu la belle pensée d'honorer dans la personne de Ferdinand Le Hétet les hommes qui ont défendu la ville de Roulers en 1914, j'espère que ces détails sur la troupe à laquelle il appartenait vous intéresseront.
Le Hétet qui dans la vie civile était ouvrier peintre à Rennes à laissé une veuve dans une situation des plus modeste et un petit garçon qui a huit ans. Il a été proposé par le Régiment pour l'obtention de la Croix de Guerre en raison de sa mort héroïque.
Je suis certain d'être l'interprète de tous les survivants de ce combat en vous remerciant, Monsieur le Maire, Vous et vos consitoyens de la noble pensée que vous avez eu de glorifier la mémoire de ce modeste et héroïque soldat breton et je vous pris d'agréer, Monsieur le Maire, l'assurance de mes sentiments respectueux.

 

A la suite du récit du Capitaine Marion, le Lieutenant Colonel Grobert, Colonel du 41eme RI en septembre 1920 souhaita lui aussi confirmer les dires du Capitaine Marion.

 
.Le Lieutenant Colonel Grobert, Colonel du 41eme a eu sous ses ordres direct à Neuville-Vitasse le soldat Le Hétet qui faisait partie de la 2eme Compagnie. Ainsi que le dit le Capitaine Marion dans la lettre ci-dessus, ce soldat fut affecté le 9 octobre à sa compagnie formée ce jour là avec une partie des survivants des actions des jours précédants.
Je déclare en outre que le récit du Capitaine Marion est en tout conforme à la vérité et que le soldat Ferdinand Le Hétet était bien au 41eme Régiment d'Infanterie.

 

lettre 1          lettre 2

Copie de la lettre du Capitaine Marion, remerciement à Mr Johan Vandekerkhove

 

Pour les habitants de la ville de Roulers, il est devenu un symbole de résistance. Pour l'armée française, il a disparu en faisant son devoir.

tombe 1

Tombe de Ferdinand Le Hétet

tombe 2

Plaque sur la tombe de Ferdinand Le Hétet

plaque rue

Plaque de l'avenue Ferdinand Le Hétet

tombe de Ferdinand Le Hétet - photo prise le 19-10-2014

Photo de la tombe de Ferdinand Le Hétet fleurie à l'occasion du centenaire de sa mort

 

Tous mes remerciements à Mr Philip Geldhof pour les 5 photos de l'article, sa gentillesse et sa disponibilité